Dix régimes autoritaires qui sévissent en Afrique subsaharienne

Selon V-Dem Institut une dizaine de régimes en Afrique sont considérés comme des autocraties fermées.

Crédit photo, Avec Getty images

Légende image, Un montage de photos de six dirigeants africains à la tête de régimes autoritaires.
    • Author, Abdou Aziz Diédhiou
    • Role, BBC Afrique News
  • Published
  • Temps de lecture: 12 min

Dans certains pays en Afrique, s'exprimer librement sur des questions politiques ou critiquer les dirigeants au pouvoir, peut vous valoir un séjour en prison, voire tout simplement vous coûter la vie. Durant ces dernières décennies, de nombreux régimes ont pris une tournure autocratique, restreignant la liberté d'expression, réprimant toute voix discordante et contrôlant tout processus électoral s'il existe et rendant presque impossible l'exercice de la démocratie.

Une Démocratie en berne

Le processus électoral en Guinée-Bissau a été interrompu par un groupe de militaires qui a renversé le président sortant candidat à sa propre réélection au moment du décomptage des votes.

Crédit photo, AFP via Getty Images

Légende image, Des électeurs font la queue au bureau de vote Nema 1 à Gabu, le 23 novembre 2025, à l'occasion des élections présidentielles et législatives en Guinée-Bissau.

Sur 55 pays africains, une dizaine sont devenus des régimes autocratiques fermés, 26 sont des autocraties électorales selon l'Institut Varieties of Democracy (V-Dem).

Ce recul de la démocratie en Afrique est un fait établi par l'institut V-Dem dans son rapport de 2026 sur l'état de la démocratie dans le monde.

''La démocratie est revenue à son niveau de 1978 pour le citoyen moyen à l'échelle mondiale'' écrit l'institut basé à l'Université de Göteborg en Suède, dans son rapport.

''Les acquis de la « troisième vague de démocratisation », qui a débuté en 1974 au Portugal'' avec la Révolution des œillets qui a mis fin au régime de Salazar et qui a gagné de nombreuses parties du globe sont ''presque entièrement effacés''.

Selon V-Dem Institut, le niveau de démocratie pour le citoyen moyen en Europe occidentale et en Amérique du Nord est à son plus bas niveau depuis plus de 50 ans, principalement en raison de l'autocratisation continue aux États-Unis.

Ailleurs en Afrique, on assiste à un même déclin des acquis démocratiques qui ont été obtenus il y a 25 ans et qui ont fait naitre beaucoup d'espoirs sur le continent.

Une majorité de la population vit dans des régimes autoritaires

À la fin de l'année 2025, « le monde comptait 92 autocraties, contre 87 démocraties. Ainsi, 74 % de la population mondiale (6 milliards de personnes) vivaient désormais dans des autocraties, tandis que seuls 7 % de la population mondiale (0,6 milliard de personnes) vivaient dans des démocraties libérales ».

Un profond renversement de tendance s'est opéré au cours des dernières décennies, contrastant avec l'optimisme qui avait marqué le début du XXIe siècle.

« Presque tous les aspects de la démocratie ont connu un recul considérable au cours de la dernière décennie. En 2025, la liberté d'expression a régressé dans 44 pays, tandis que la torture a continué d'être utilisée pour réprimer l'opposition politique. Par ailleurs, 33 pays ont enregistré une détérioration significative de leur situation démocratique. »

« Trois tendances distinctes se dégagent clairement de cette vague : un recul de la démocratie dans certaines démocraties traditionnellement stables ; des revers importants, voire l'effondrement de la démocratie, dans des pays qui s'étaient démocratisés avec succès à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle ; enfin, un renforcement de l'autocratie dans des États déjà autocratiques », écrit l'Institut V-Dem.

L'Afrique subsaharienne, terre hostile à la démocratie

Des manifestants défilent dans les rues d'Ojota, à Lagos, lors des célébrations du 12 juin commémorant le rétablissement de la démocratie en 1999, brandissant des pancartes dénonçant l'enlèvement d'élèves et d'enseignants le 12 juin 2026.

Crédit photo, AFP via Getty Images

Légende image, Des manifestants célébrant le retour de la démocratie au Nigéria;
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En Afrique subsaharienne, le niveau de démocratie dans la région est désormais revenu à celui du début des années 2000, selon deux indicateurs : la recrudescence des coups d'État militaires dans la région du Sahel et le renforcement des régimes autocratiques.

''Le renforcement des régimes autocratiques dans des pays comme la République centrafricaine, le Mozambique et le Togo contribuent à cette évolution négative'' note V-Dem Institute.

Dans la région, la grande majorité – 66 % de la population - vit sous des régimes autocratiques.

Les autocraties électorales, telles que l'Éthiopie, la Tanzanie et l'Ouganda, abritent 48 % de la population.

Environ 14 % de la population vit dans des régimes autocratiques fermés.

Seules 10 % résident dans des démocraties électorales telles que le Botswana, le Ghana, l'Afrique du Sud etc et 24 % dans des pays démocratiques de la « zone grise », tels que le Kenya et le Nigeria.

Voici le Top 10 des régimes autoritaires fermés en Afrique subsaharienne

1- Erythrée

En plus de trois décennies, l'Erythrée n'a jamais organisé d'élections présidentielles.

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Légende image, Le président érythréen Isaias Afwerki à son arrivée au sommet international Italie-Afrique.

À partir du milieu des années 1990, les Érythréens ont connu une période d'ouverture relative, marquée par l'émergence de journaux indépendants donnant la parole à des voix critiques, y compris au sein du parti au pouvoir, le Front populaire pour la démocratie et la justice (PFDJ).

L'Assemblée nationale de transition avait fixé une date pour les élections, une commission électorale était en cours de création et des projets de loi sur les partis politiques faisaient l'objet de discussions. Après sa longue guerre d'indépendance contre l'Éthiopie, le pays semblait s'engager progressivement sur la voie de la démocratisation.

Contre toute attente, le pouvoir change toutefois de cap en septembre 2001. Alors que l'attention du monde est focalisée sur les attentats du 11 septembre aux États-Unis, les autorités ferment en une seule journée tous les journaux indépendants, réduisant au silence les principales voix critiques du pays. De nombreux journalistes sont arrêtés et disparaissent sans laisser de traces.

Parallèlement, le gouvernement arrête 11 membres du groupe connu sous le nom de G-15, parmi lesquels figurent trois anciens ministres des Affaires étrangères, un ancien chef d'état-major des forces armées et plusieurs membres de l'Assemblée nationale. Depuis leur arrestation, aucune information officielle crédible n'a été communiquée sur leur sort.

Les espoirs de démocratie nourris par de nombreux Érythréens s'évanouissent alors, laissant place à l'un des régimes les plus fermés et les plus autoritaires du continent africain.

En plus de trois décennies de pouvoir du président Isaias Afwerki, aucune élection présidentielle n'a jamais été organisée en Érythrée.

2- Burkina Faso

Le capitaine Ibrahim Traoré qui a dissous les partis politiques a déclaré que ''La démocratie, c'est pas pour nous''.

Crédit photo, AFP via Getty Images

Légende image, Le capitaine Ibrahim Traoré, nouveau président du Burkina Faso, assiste à la cérémonie marquant le 35e anniversaire de l'assassinat de Thomas Sankara, à Ouagadougou, le 15 octobre 2022.

Depuis son arrivée au pouvoir en septembre 2022, le chef de la junte militaire au Burkina Faso ne cache pas son aversion pour la démocratie.

Le pouvoir militaire a suspendu la diffusion de nombreux médias internationaux et expulsé certains de leurs journalistes.

En octobre dernier, il dissout la Commission électorale nationale indépendante (CENI), puis tous les partis politiques cinq mois plus tard en février 2026.

Dans un entretien diffusé à la télévision nationale, le 2 avril dernier le capitaine Traoré a appelé les Burkinabés à « oublier la question de la démocratie », alors que les partis politiques ont été dissous.

''On ne parle même pas d'élections d'abord (…), il faut que les gens oublient la question de la démocratie. La démocratie, c'est pas pour nous » a t-il déclaré.

Engagé dans une guerre contre les mouvements terroristes, le régime militaire procède parfois à des enlèvements des opposants et voix critiques du pays. Certaines personnes qui osent critiquer son régime sont parfois envoyés au front aux côtés de l'armée même s'ils sont des civils.

3- Mali: Retour à la case départ

La junte militaire a dissous les partis politiques et a restreint la liberté d'expression.

Crédit photo, (Photo de MICHELE CATTANI/AFP via Getty Images)

Légende image, Assimi Goita (au centre), président du CNSP (Comité national pour le salut du peuple), s'adresse à la presse lors de la cérémonie marquant le 60e anniversaire de l'indépendance à Bamako, le 22 septembre 2020.

Le 26 mars 1991, une insurrection populaire met fin au régime dictatorial du général Moussa Traoré au Mali.

Un jeune officier de l'armée, Amadou Toumani Touré, prend alors le pouvoir avec l'ambition d'engager le pays sur la voie de la démocratie.

Après une période de transition, le Mali organise des élections pluralistes qui portent Alpha Oumar Konaré à la présidence. Commence alors une expérience démocratique qui fera longtemps figure de modèle en Afrique de l'Ouest.

Mais trois décennies plus tard, le pays semble revenu à son point de départ.

Depuis 2020, les militaires qui ont pris le pouvoir à la suite de deux coups d'État successifs ont progressivement interrompu le processus démocratique.

L'espace civique et politique s'est considérablement rétréci. Les partis politiques ont été dissous et les activités de nombreuses organisations de la société civile fortement restreintes.

Des responsables politiques ont été arrêtés ou emprisonnés, tandis que des journalistes, des militants et certains opposants ont été contraints de quitter le pays.

Engagé dans une guerre contre les groupes jihadistes, le régime militaire, qui s'était initialement engagé à mener une transition de quatre ans, s'est maintenu au pouvoir et ne fixe désormais plus de calendrier précis pour un retour à l'ordre constitutionnel.

4- Niger : le grand bon en arrière

Le général Abdourahamane Tiani a dissous les partis politiques au Niger.

Crédit photo, ORTN - Télé Sahel/AFP via Getty Images

Légende image, Abdourahamane Tiani

A l'instar des autres pays de la région, le Niger vit également un déclin de la démocratie.

Le pays a pourtant connu l'ouverture politique dans les années 90 passant entre 1991 et 1993 d'un régime de parti unique, à un régime politique plus ouvert avec la reconnaissance du multipartisme.

Depuis des régimes civils se sont succédé au pouvoir dans les années 2000 dont celui de Mahamadou Issoufou, élu en 2011 pour un mandat de cinq ans, puis réélu en 2016.

Le renversement de son successeur Mohamed Bazoum par un groupe de militaires en 2023 a marqué un retour vers l'autoritarisme militaire avec un régime supprimant les partis politiques, reportant sine die les élections et la transition vers un régime civil et renforçant son contrôle sur tout l'appareil politique, étouffant la liberté d'expression dans le pays.

5- Soudan du Sud

Depuis son accession à l'indépendance le Soudan du Sud n'a pas retrouvé le chemin de la démocratie. Le pays est plongé dans une guerre civile sanglante marquée par des violations énormes des droits de l'homme.

Crédit photo, (Photo : ASHRAF SHAZLY / AFP via Getty Images)

Légende image, Le président sud-soudanais Salva Kiir lors de la deuxième série de négociations visant à mettre fin à la guerre civile sanglante qui ravage le Sou à Khartoum, le 25 juin 2018

Après des années de lutte pour obtenir son indépendance, le pouvoir sud soudanais est dominé par le parti unique : le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), dirigé par le président Salva Kiir.

Depuis l'indépendance du pays en juillet 2011, tout l'appareil d'État est contrôlé de facto par le SPLM, réduisant comme peau de chagrin l'espace démocratique.

Depuis le déclenchement de la guerre civile en 2013, le pouvoir est partagé de manière conflictuelle entre le président Salva Kiir et son rival, le vice-président Riek Machar.

Quant à la démocratie, elle demeure inconnue par les citoyens du dernier Etat africain indépendant.

6- Soudan

Depuuis plusieurs années, le Soudan est ravagé par des guerres civiles sanglantes.

Crédit photo, (Photo : Ebrahim Hamid / AFP via Getty Images)

Légende image, Le dirigeant de facto du Soudan et chef de l'armée, Abdel Fattah al-Burhan,

C'est un régime militaire dirigé par le général Abdel Fattah al-Burhan, président du Conseil de souveraineté qui dirige le Soudan.

Depuis plusieurs années, le Soudan est ravagé par une guerre civile destructrice où les forces gouvernementales affrontent les Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire rival.

Les organisations de défense des droits humains dénoncent les nombreux massacres et autres violations des droits de l'homme commis par les belligérants en toute impunité.

7- Somalie

Les Somaliens sont restés plus de cinquante ans sans goûter au suffrage universel.

Crédit photo, « PRÉSIDENCE DE LA SOMALIE / PHOTO FOURNIE »

Légende image, Le président somalien Hassan Sheikh Mohamud.

Depuis le coup d'Etat de Siad Barre en 1969, les Somaliens n'ont jamais eu l'occasion de choisir librement ceux qui les gouvernent.

Siad Barre avait mis fin au multipartisme, suspendu la constitution et instauré un régime autocratique qui a plongé le pays dans la guerre civile dans les années 90.

Ces dernières années, le pays se cherche une voie lui permettant de mettre fin à plus d'un demi-siècle de silence démocratique avec l'instauration du suffrage universel et l'organisation d'élections multipartites.

8- République de Guinée

Le pouvoir du Général Mamady Doumbouya s'est durci en République de Guinée.

Crédit photo, (Photo de CELLOU BINANI/AFP via Getty Images)

Légende image, Mamady Doumbouya, chef de la junte guinéenne, lève la main lors de la cérémonie de prestation de serment en tant que président de la transition, le 1er octobre 2021 à Conakry.

En République de Guinée, malgré l'organisation d'élections en décembre 2025 et en mai 2026, le pouvoir a pris une tournure de plus en plus autoritaire, marquée par des arrestations, des disparitions et des décès controversés de personnalités publiques en détention.

Lors de l'élection présidentielle de décembre 2025, le général Mamadi Doumbouya, arrivé au pouvoir à la suite d'un coup d'État en 2021, a été déclaré vainqueur avec 86,72 % des suffrages.

Les principaux leaders de l'opposition avaient auparavant été écartés de la course présidentielle, suscitant des critiques quant à l'équité du scrutin.

Plusieurs organisations de la société civile ont dénoncé une dérive autoritaire du régime, caractérisée par un rétrécissement de l'espace civique et politique. Elles pointent notamment la suspension de plusieurs partis politiques, les restrictions imposées aux manifestations ainsi que les sanctions prises contre des organes de presse par la Haute Autorité de la communication.

9- Eswatini

L'Eswatini est une monarchie absolue.

Crédit photo, (Photo de Darren Stewart/Gallo Images via Getty Images)

Légende image, Mswati III, roi d'Eswatini, le 29 octobre 2022 à Durban, en Afrique du Sud.

L'Eswatini est la dernière monarchie absolue d'Afrique.

Le roi Mswati III concentre tous les pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire), et exerce un contrôle sur la police, l'armée et le système judiciaire du royaume.

Depuis un décret royal de 1973, les partis politiques sont bannis dans le pays. L'Assemblée nationale du royaume compte au total 69 députés dont 10 sont nommés directement par le roi.

"Des élections sont une compétition entre partis politiques. Mais ici, on assiste à une non-élection, un système de nomination par les royalistes. Si vous y participez, vous ne pouvez pas défendre vos idées politiques", a expliqué en 2018 Alvit Dlamini la présidente du NNLG, le plus ancien parti du pays.

10- Guinée-Bissau

Les militaires Bissao-guinéens ont interrompu le processus électoral en s'emparant du pouvoir en novembre 2025.

Crédit photo, (Photo : AA Video/Anadolu via Getty Images)

Légende image, Le chef du bureau militaire présidentiel de Guinée-Bissau, Denis N'Canha (au centre), annonçant avec un groupe d'officiers que le contrôle total du pays avait été pris au quartier général de l'état-major à Bissau, en Guinée-Bissau, le 26 novembre 2025.

La Guinée-Bissau est coutumière des crises politiques et institutionnelles qui, au fil des années, l'ont éloignée des standards démocratiques observés dans plusieurs pays africains.

En novembre 2025, alors que le pays était engagé dans un processus électoral marqué par une présidentielle très disputée et que le dépouillement des voix était en cours, l'armée est sortie de ses casernes pour renverser le président sortant.

Fait particulièrement inhabituel, c'est le président déchu, Umaro Sissoco Embaló, qui a lui-même annoncé à la communauté internationale avoir été renversé par des militaires.

À la suite du coup d'État, les opposants politiques ont fait l'objet de diverses restrictions, tandis que les inquiétudes se sont accrues quant au respect des libertés fondamentales et à l'avenir du pluralisme politique dans le pays.

Bien avant cette rupture de l'ordre constitutionnel, la gouvernance d'Umaro Sissoco Embaló faisait déjà l'objet de critiques.

Son style de pouvoir était souvent qualifié d'autoritaire par ses adversaires politiques et plusieurs organisations de la société civile.

Les tensions s'étaient notamment manifestées lors du processus électoral, au point de compliquer les efforts de médiation de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), qui cherchait à favoriser un consensus entre les principaux acteurs politiques afin de préserver la stabilité du pays.