RDC : Comprendre la controverse autour de l'arrivée de migrants expulsés des États-Unis

Des migrants embarquent à bord d'un avion lors du premier vol d'expulsion de Vénézuéliens sans papiers des États-Unis vers le Venezuela, à Harlingen, au Texas, le 18 octobre 2023.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Kinshasa a signé un accord avec Washington prévoyant l'accueil mensuel de 50 à 100 migrants expulsés des États-Unis. (image d'illustration).
    • Author, Ousmane Badiane
    • Role, Digital Journalist BBC Afrique
  • Temps de lecture: 7 min

La controverse s'intensifie en République démocratique du Congo après l'arrivée d'un premier groupe de 15 migrants expulsés des États-Unis, dans le cadre d'un accord bilatéral de rapatriement de migrants en situation irrégulière.

Des sources à l'aéroport international de N'djili International Airport ont indiqué à la BBC que ces migrants originaires en majorité de la Colombie, du Pérou et de l'Équateur ont atterri à Kinshasa dans la nuit du 16 au 17 avril et d'autres arrivées sont attendues dans les prochains jours, selon la RFI.

L'accord signé le 5 avril, prévoit l'accueil mensuel de 50 à 100 migrants expulsés du territoire américain.

L'accueil et la prise en charge de ces migrants expulsés, sont financés par le gouvernement des États-Unis.

Sur place, les personnes déjà arrivées sont hébergées dans un complexe hôtelier en périphérie de la capitale. Mais leur statut juridique, leur liberté de mouvement et la durée de leur séjour restent flous.

L'arrivée de ressortissants étrangers expulsés des États-Unis vers la République démocratique du Congo cristallise une controverse à la fois politique, sécuritaire et symbolique, révélatrice de tensions plus profondes autour de la souveraineté et des priorités nationales.

Au cœur des critiques, une inquiétude, celle de voir la RDC devenir un maillon d'une politique d'externalisation migratoire américaine.

Pour les opposants, cette dynamique crée un précédent dangereux. Elle pourrait transformer certains États africains en zones de relocalisation pour migrants expulsés, sans garantie claire sur leur statut à long terme, leurs droits ou leur devenir.

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Olivier Kamitatu, porte-parole du parti Ensemble pour la République, résume cette inquiétude : « Nous exigeons la publication de cet accord car nous avons de sérieuses raisons de penser qu'il n'a pas été signé librement. Le peuple congolais a le droit de savoir ce qui a été signé en son nom ».

Pour une partie de l'opinion publique, le timing pose problème. Le pays fait face à une instabilité persistante dans sa partie orientale, avec des déplacements massifs de populations et une crise humanitaire durable.

La coalition au pouvoir, l'Union sacrée, a déclaré que l'accord était un « levier stratégique » renforçant les liens avec Washington et s'alignant sur le Pacte mondial pour les migrations.

Plusieurs acteurs de l'opposition et de la société civile, demandent la publication des termes complets de l'accord conclu avec les États-Unis notamment le nombre exact de personnes concernées, la durée du dispositif, leur statut juridique une fois sur le sol congolais, ainsi que les responsabilités respectives des deux États.

Certaines voix questionnent les conditions d'accueil et de prise en charge de ces migrants, mais aussi les implications sécuritaires et administratives pour un pays déjà confronté à de multiples défis internes.

« Un gouvernement incapable de contrôler ses propres frontières orientales, incapable de protéger ses propres citoyens, serait soudainement en mesure de gérer des centres de détention pour des ressortissants étrangers au profil douteux, pour de parfaits inconnus. C'est de la pure fiction. Félix Tshisekedi sollicite la protection de Washington pour un troisième mandat, ce que la Constitution interdit. Il est donc prêt à brader la dignité du Congo pour sa survie politique. Le Congo n'est absolument pas à vendre » a déclaré Olivier Kamitatu, porte-parole du parti Ensemble pour la République.

Le gouvernement congolais a rejeté ces accusations, insistant sur le fait que cet arrangement constituait une initiative diplomatique légitime.

Selon le Premier ministre Judith Suminwa, les personnes concernées sont des demandeurs d'asile passés par les États‑Unis, essentiellement originaires de trois pays d'Amérique latine. « Dans le cadre de l'accord entre les services d'immigration des États‑Unis et de la RDC, on a convenu de pouvoir les recevoir temporairement », a‑t‑elle précisé, rejetant toute idée d'une installation durable.

La cheffe du gouvernement a indiqué que, pour l'instant, la RDC collabore étroitement avec les autorités américaines ainsi qu'avec l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) afin d'assurer un accueil transitoire de ces migrants. L'objectif est de trouver rapidement d'autres alternatives et de les orienter vers des pays d'accueil appropriés.

« C'est un service que la RDC rend aux États‑Unis, qui prennent en charge leur séjour chez nous, notamment leur logement et leur alimentation. »

Judith Suminwa n'exclut pas l'éventualité de nouvelles arrivées dans le cadre de cet accord, mais elle insiste sur une ligne rouge clairement définie. « Il pourra y en avoir d'autres migrants, mais la convention est de ne pas les avoir indéfiniment », a‑t‑elle martelé, réaffirmant la volonté du gouvernement de limiter strictement dans le temps toute présence liée à ce dispositif.

Kinshasa affirme que l'ensemble du processus respecte la souveraineté nationale, les impératifs sécuritaires et les principes humanitaires.

Les migrants sont actuellement hébergés dans un complexe hôtelier en périphérie de Kinshasa, mais des questions subsistent quant à leur statut légal, leur liberté de circulation et la durée de leur séjour.

Une femme menottée embarque à bord du premier vol d'expulsion de Vénézuéliens sans papiers après un accord américano-vénézuélien à Harlingen, au Texas, le 18 octobre 2023.

Crédit photo, Getty Images

Le gouvernement congolais a demandé à l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) de fournir une aide humanitaire aux personnes expulsées.

Depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2025, l'administration Trump a expulsé des dizaines de personnes vers des pays tiers dans le cadre de sa politique d'immigration intransigeante.

Les défenseurs des droits de l'homme ont condamné cette politique, certains remettant en cause sa légalité.

Lors de son premier mandat, Donald Trump réalisait 80 000 expulsions chaque année, selon les chiffres officiels de l'agence fédérale de contrôle de l'immigration et des douanes. Un chiffre qui a connu une baisse sous l'administration Biden, avec 35 000 expulsions chaque année.

Selon l'agence de contrôle d'immigration et des douanes, en juillet 2024, 425 000 personnes ont écopé d'une condamnation pénale, avec 13 000 pour homicide.

Des données fournies par U.S Immigration and Customs Enforcement (ICE) en octobre 2024, on obverse que plusieurs ressortissants africains se trouvent parmi les personnes arrêtées et détenues aux Etats-Unis et qui en attente d'être expulsées vers leur pays d'origine.

Ces données présentent pour la première fois des informations et des tendances sur les arrestations, les détentions, les renvois et les alternatives à la détention au 30 septembre 2024.

Le gouvernement congolais a qualifié cet arrangement de « temporaire » et « sans coût ».

En décembre 2025, le président Donald Trump a supervisé ce qui a été présenté comme les « Accords de Washington », un accord stratégique bilatéral incluant notamment l'exploration et l'exploitation des importantes ressources en minerais critiques de la RDC, ainsi qu'un engagement américain dans les efforts de restauration de la paix en RDC et dans la région des Grands Lacs.

La République démocratique du Congo rejoint d'autres pays du continent, notamment l'Eswatini, le Ghana et le Soudan du Sud, dans l'accueil de personnes expulsées des États-Unis.

Fin mars 2026 huit personnes originaires de différents pays africains ont été expulsées vers l'Ouganda.

Selon un rapport de la commission des affaires étrangères du Sénat américain dirigée par la minorité démocrate, l'administration Trump aurait « probablement » dépensé plus de 40 millions de dollars (30 millions de livres sterling) en expulsions vers des pays tiers jusqu'en janvier 2026, bien que le coût total soit « inconnu ».

Les États-Unis négocient également un accord minier avec la République démocratique du Congo afin d'accéder aux vastes réserves de métaux stratégiques de ce pays d'Afrique centrale, tels que le cobalt, le tantale, le lithium et le cuivre.

Sous Trump, les États-Unis ont également facilité la conclusion d'un accord de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, bien que sa mise en œuvre reste un défi.

Entre impératifs diplomatiques, enjeux économiques et préoccupations sécuritaires, cette politique place Kinshasa au cœur d'un dispositif migratoire externalisé, révélateur des nouvelles formes de coopération mais aussi de tension, entre l'Afrique et les États-Unis.