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Le message fort du Pape Léon XIV au Cameroun
- Author, Ousmane Badiane
- Role, Digital Journalist BBC Afrique
- Reporting from, Dakar
- Author, Paul Njie
- Role, BBC Africa
- Temps de lecture: 7 min
Quelques heures après son arrivée au Cameroun, le Pape Léon XIV s'est rendu au Palais présidentiel pour une rencontre très attendue avec le président Paul Biya, des représentants de la société civile et du corps diplomatique.
Ce premier échange a donné le ton d'une visite dense, articulée autour de trois axes majeurs : paix, justice sociale et inclusion politique.
Le souverain pontife qui s'est exprimé au Palais présidentiel de Yaoundé, a exhorté les autorités camerounaises à intégrer les voix des femmes, des jeunes et de la société civile dans les processus de décision, soulignant leur rôle vital dans la construction de la nation.
Le pape Léon XIV a décrit les jeunes comme « l'espérance du Cameroun et de l'Église », soulignant que leur énergie et leur créativité sont « inestimables ».
Selon lui, investir dans l'éducation, la formation et l'entrepreneuriat des jeunes est essentiel pour consolider la paix et prévenir la perte de talents.
Le pape a également mis en avant la contribution des femmes, qu'il a qualifiées de « bâtisseuses infatigables de paix », malgré les injustices dont elles sont souvent victimes. « Leur voix doit être pleinement reconnue dans les processus décisionnels », a-t-il insisté.
Cette prise de parole papale intervient alors que Paul Biya, réélu pour un huitième mandat l'an dernier, a promis de faire des femmes et des jeunes une priorité. Les attentes restent fortes, dans un contexte de remaniement ministériel imminent.
Le pape Léon XIV n'a pas éludé les défis sécuritaires du pays, marqués par des violences meurtrières, des déplacements massifs et la déscolarisation de milliers d'enfants. Il a réitéré son appel à la paix, avertissant que celle-ci « ne doit pas être réduite à un slogan ».
Le Saint-Père a également dénoncé la corruption et le manque de transparence, plaidant pour un respect accru des droits humains.
Après sa rencontre avec le chef de l'État, il a visité un orphelinat puis s'est entretenu avec des évêques.
A Yaoundé, l'arrivée du Saint-Père a suscité une ferveur populaire.
Modestine Abomo, membre d'un groupe religieux qui dansait à l'aéroport, a confié à la BBC sa joie de voir le pape choisir le Cameroun : « Nous espérons qu'il regardera les régions de notre pays touchées par la guerre et qu'il apaisera les détresses qui tuent le Cameroun. »
Perpétue Lema, une autre fidèle, a exprimé son optimisme : « Après sa visite, nous croyons que tout ira bien au Cameroun. »
Le pape Léon XIV a poursuivi jeudi 16 avril sa visite apostolique au Cameroun en se rendant à Bamenda, épicentre de la crise anglophone.
A la cathédrale Saint-Joseph, il a présidé une rencontre pour la paix, accueillie par des foules enthousiastes massées le long des rues de la ville.
L'archevêque de Bamenda, Andrew Nkea, a affirmé que la présence du pontife apporte un espoir nouveau aux populations dont la vie est bouleversée depuis près de dix ans par le conflit. « Je peux dire avec confiance que le moment est venu pour la paix », a-t-il déclaré devant le pape.
Des responsables religieux et des victimes du conflit ont partagé leurs expériences. Un leader musulman a dénoncé les meurtres de membres de la communauté Mbororo et le pillage de leurs biens.
Une religieuse a raconté son enlèvement par des combattants séparatistes, tandis qu'un homme a témoigné de son exil forcé après des attaques. Ces récits ont mis en lumière la gravité des violences qui continuent de déstabiliser la région.
A la cathédrale Saint-Joseph de Bamenda, le pape Léon XIV a livré un message puissant, mêlant dénonciation des violences et appel à la réconciliation. Devant une assemblée marquée par des années de conflit, il a salué les efforts des communautés locales pour maintenir le dialogue et la paix, affirmant que « leur travail peut être un modèle pour le monde entier ».
Le souverain pontife n'a pas hésité à pointer du doigt les responsables des guerres, qu'il a qualifiés de « maîtres de la guerre » feignant d'ignorer qu'« il suffit d'un instant pour détruire ». Dans un ton grave, il a dénoncé « une poignée de tyrans » qui ravagent le monde, tout en exhortant les Camerounais à « servir ensemble la paix ».
Le pape a également insisté sur la dimension spirituelle de la crise, remerciant Dieu que le conflit n'ait pas dégénéré en guerre religieuse. Il a invité les fidèles à « marcher ensemble dans l'amour, en recherchant toujours la paix », soulignant que les moments de solidarité vécus dans la douleur doivent être chéris comme des signes d'unité.
Une Église puissante, structurée et enracinée
La visite du Pape Léon XIV, prévue du 15 au 18 avril 2026, intervient dans un pays où l'Église catholique n'est pas seulement une institution religieuse, mais un acteur majeur de la vie sociale et politique.
La visite du pape Léon XIV intervient dans un contexte politique et sécuritaire tendu, mais elle nourrit l'espoir d'un message fort en faveur de la réconciliation et de la paix.
Dans un pays où l'Église est à la fois refuge spirituel, acteur social et médiateur politique, la visite du pape Léon XIV apparaît ainsi comme un moment clé à la croisée de la foi, des attentes populaires et des enjeux de pouvoir.