Que sait-on de l'arrestation de l'imam sunnite Mohamad Kindo ?

    • Author, Amadou Barry
    • Role, BBC News Afrique
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  • Temps de lecture: 5 min

C'est une arrestation qui ne passe pas inaperçue au Faso. Mohamad Ishaq Kindo, influent imam et prédicateur sunnite, a été interpellé, mardi 26 mai à Ouagadougou, par des policiers et conduit vers une destination inconnue. Une arrestation qui intervient deux jours après avoir formulé des critiques contre le projet de loi sur les libertés religieuses adopté le 19 mars dernier, selon des proches et une organisation musulmane dont il est proche.

Selon un communiqué de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) publié quelques heures après les faits , l'imam Kindo, par ailleurs président des Oulémas sunnite du pays, a été arrêté mardi après-midi "dans des circonstances dont les motifs n'ont pas encore été officiellement communiqués".

Elle précise avoir "entrepris les démarches nécessaires auprès des autorités compétentes afin d'obtenir des informations précises et une suite favorable".

Arrestation musclée

Un de ses proches, témoin de l'interpellation, a indiqué que celle-ci a eu lieu vers 14H00 (GMT et locales), à la veille de l'importante fête musulmane de l'Aïd, et a été menée "par des éléments de sécurité, dont des policiers et des militaires encagoulés".

"C'était violent car les fidèles qui étaient autour de lui se sont opposés, ce qui a provoqué une tension", a poursuivi ce proche.

Un autre proche a déploré "des blessés parmi les fidèles musulmans lors de l'arrestation".

Pour rappel, il y a deux jours, un enregistrement d'un enseignement de l'imam Kindo avait été largement relayé sur les réseaux sociaux.

Il y dénonçait l'adoption en mars d'un projet de loi encadrant l'exercice des libertés religieuses au Burkina Faso et avait appelé les autorités à "se questionner davantage sur la portée de leurs actes avant d'agir".

"Que chacun se méfie et s'abstienne de vouloir interdire les prières dans les lieux publics. Que tu sois chef ou homme fort, tu n'as ni la force ni la puissance de Dieu", déclarait-il notamment.

Tensions

Cette arrestation passe très mal au sein de la communauté. Quelques heures après son interpellation, des centaines de personnes ont manifesté à Ouagadougou, exigeant sa libération, selon des habitants.

La manifestation a été dispersée à coup de gaz lacrymogène, selon un manifestant joint par l'AFP.

La FAIB a invité "l'ensemble des fidèles musulmans au calme, à la retenue et à la sérénité".

Par ailleurs, l'association invite également l'ensemble des responsables des coordinations régionales à « sensibiliser, au respect des institutions et à la préservation de la paix sociale ».

Aucune réaction officielle

Au lendemain des faits coïncidant avec l'Eid El-Kébir plus connue sous le nom Tabaski, le calme semble de retour au sein de la communauté qui suit avec attention la suite du dossier du guide religieux.

Après avoir accompli sa prière de Tabaski, le président du Burkina Faso s'est exprimé sur les réseaux sociaux.

Tout en rendant hommage aux forces de sécurité qui se battent contre le djihadisme, le Chef de l'État a également mis en garde les ennemis de la Nation, contre toute tentative d'attaque, de découragement des forces combattantes, ou toute autre forme de trouble à la marche du pays.

Quiconque se met dans cette posture devra « assumer l'entière responsabilité et toutes les conséquences qui en découleront », a-t-il martelé. Pour l'instant, il n y a aucune réaction officielle sur l'imam Kindo.

Interdiction d'ériger des édifices de culte dans les services publics

Il faut préciser que le projet de loi sur les libertés religieuses au Burkina Faso qui vaut à l'influent imam ce sort, a été adopté en conseil des ministres en date du 19 mars dernier.

Le texte vise à encadrer l'exercice de liberté dans les pratiques religieuses afin d'éviter certaines dérives constatées sur les réseaux sociaux et garantir la liberté de religion.

Un document diversement apprécié. Mariem Sanogo, directrice générales Affaires religieuses, coutumières et traditionnelles du Burkina, interrogée par la RTB, tente de rassurer en indiquant que le texte en soi n'est pas nouveau mais il a été réactualisé « face au radicalisme et à l'extrémisme violent ».

Sans oublier, ajoute-t-elle, « les discours de haine et discourtois en ligne ».

Et ce projet de loi est censé régulariser et mettre fin à toutes ces dérives afin de renforcer la cohésion nationale, espèrent les autorités.

Au Burkina Faso, comme dans de nombreux pays du continent, l'Etat se veut laïc et applique l'égalité en vers toutes les confessions religieuses.

Le projet de loi interdit l'érection de lieux de culte dans les services publics à l'exception des formations sanitaires, des établissements pénitentiaires, des casernes et camps militaires.

Dans l'incapacité de pourvoir ériger des lieux de culte pour toutes les confessions dans l'administration, l'Etat opte pour l'interdiction pure et simple.

Précisons importantes des autorités cependant, il n'est pas interdit de prier dans l'espace public. Le tout dans le respect des croyances des autres.

Depuis l'arrivée au pouvoir d'Ibrahim Traoré, plusieurs disparitions marquantes de voix critiques du régime ont été rapportées.

Les autorités justifient notamment sa politique répressive par la guerre qu'elles mènent depuis plus d'une décennie contre les groupes jihadistes présents dans une grande partie du pays.

Le Burkina Faso est gouverné depuis près de quatre ans par un régime militaire avec à sa tête le capitaine Ibrahim Traoré.