Comment le Madd de Casamance crée de la richesse locale grâce à l'indication géographique

Des madd dans un carton avec l'étiquette IG pour indication géographique

Crédit photo, ETDS

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Depuis le 25 juin 2024, le Madd (Saba senegalensis), fruit forestier, reconnaissable à sa couleur dorée et à son goût acidulé, est devenu le premier produit sénégalais officiellement enregistré en tant qu'indication géographique par l'Organisation africaine de la propriété intellectuelle, OAPI.

Une indication géographique (IG) est un signe officiel qui identifie un produit comme provenant d'une zone géographique déterminée, et dont les qualités, la réputation ou les caractéristiques sont essentiellement liées à ce lieu d'origine. Elle protège le nom du produit et garantit aux consommateurs son authenticité.

Désormais, les fruits cueillis en Casamance, dans le sud du Sénégal, et transformés conformément au cahier des charges, peuvent porter l'appellation protégée de « Madd de Casamance ».

Une date historique pour le Sénégal, célébrée par les acteurs qui ont porté ce projet.

« J'étais moi-même présente au moment de la remise du certificat par le Directeur général de l'OAPI, au ministre de l'Industrie et du Commerce. À l'époque, j'étais Conseillère technique au ministère de l'Industrie et du Commerce, chargée notamment des questions d'innovation et de valorisation des territoires », se souvient Fatou Sagna Sow, aujourd'hui Conseillère technique du Ministre de l'Environnement et de la Transition écologique.

« Ça a été vraiment une très grande nouvelle, une très bonne nouvelle, parce que c'est une initiative qu'on a démarrée depuis 2017, après un forum international qui a été organisé sur les indications géographiques. Au vu du potentiel existant en Casamance, les acteurs ont vu que le Madd pouvait faire partie des produits qui peuvent être enregistrés comme une indication géographique. Donc ça a été une très grande satisfaction » poursuit Mariama Diémé, chargée de projet à l'ETDS (Économie Territoires et Développement Services), une organisation à but non lucratif, basée en Casamance, et ayant fortement contribué, au processus d'obtention de cette consécration, aux côtés d'associations, notamment l'Association pour la Protection et la Promotion de l'Indication géographique Madd de Casamance, APPIGMAC.

Plus récemment, le 20 août dernier, le Madd de Casamance a franchi une nouvelle étape, en obtenant son certificat d'enregistrement international, auprès de l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, OMPI. Aux côtés du « Poivre de Penja », du Cameroun, qui recevait ce jour cette même distinction, ces deux joyaux du continent africain devenaient ainsi les toutes premières Indications Géographiques Protégées de l'espace OAPI enregistrées sous le système de Lisbonne.

Mariama Diémé

Crédit photo, Avec l'aimable autorisation de Mariama Diémé

Légende image, Selon Mariama Diémé, la filière attire majoritairement les jeunes et les femmes.

Les retombées économiques

Depuis lors, les effets de cette consécration se font de plus en plus ressentir sur le développement local.

« On constate une hausse de près de 20 à 25 % du prix d'achat du produit frais et sur le produit transformé, on a une hausse du prix entre 15 % et 20 % entre avant l'enregistrement et après l'enregistrement du produit », explique Mariama Diémé.

Pour Fatou Sagna Sow, « cet enregistrement marque le début d'une nouvelle phase de développement économique, avec la création de nombreux métiers autour de la filière ».

À l'heure actuelle, la filière attire majoritairement les jeunes et les femmes. On y retrouve alors que très peu d'hommes.

« Pour la cueillette, ce sont les jeunes garçons et les jeunes filles qui sont impliqués. C'est eux qui vont en brousse et qui cueillent le produit. Pour le volet commercialisation, aux abords des routes et sur le format beaucoup plus formel, ce sont surtout les femmes qui sont impliquées. Il y a aussi beaucoup de femmes qui sont représentées à travers les Groupements d'Intérêt Économique, GIE, les PME et PMI, qui sont impliqués dans le volet de la transformation », confie Mariama Diémé.

Fatou Sagna Sow

Crédit photo, Avec l'aimable autorisation de Fatou Sagna Sow

Légende image, Pour Fatou Sagna Sow, la filière du madd doit relever de nombreux défis liés à lexportation.

Des défis persistants

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Malgré ces avancées, des obstacles demeurent. D'après les chiffres de la FAO, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, seulement 2 % des madds récoltés sont transformés en jus et conserves sucrés ou salés. Un chiffre qui se justifie par les nombreux défis auxquels fait encore face le secteur.

Tout d'abord, l'exploitation de ce fruit emblématique du terroir reste encore principalement artisanale. De la cueillette à la commercialisation, en passant par la transformation. « La stratégie c'est de trouver comment faire pour transformer le Madd à grande échelle. Il faut revoir déjà l'aspect agro-industriel. Comment on améliore les conditions de tri, de lavage et d'extraction. Comment on travaille sur le séchage, la conservation, le conditionnement. Il y a un gros travail à faire sur ce que j'appellerais la chaîne de froid. Comment on professionnalise les acteurs, comment on arrive à réduire les pertes, c'est un gros problème à ce niveau-là aussi », relève Fatou Sagna Sow.

Un défi accentué par le caractère saisonnier de ce fruit. « Le Madd est un produit qui est disponible entre trois et quatre mois au maximum par an. Donc sur ces trois à quatre mois, les acteurs doivent acheter le maximum de produits possible, le stocker et pouvoir le transformer le reste de l'année parce que la demande est très forte. Cependant, cette activité nécessite d'avoir des installations, d'avoir les moyens financiers, donc des fonds de roulement nécessaires pour pouvoir s'approvisionner en quantité suffisante pour le reste de la campagne », poursuit la chargée de projet à l'ETDS.

Des madds transformés

Crédit photo, ETDS

Légende image, Grâce à son indication géographique, le Madd de Casamance voit sa valeur exploser.

Autre difficulté, la faible capacité des acteurs à maîtriser les quantités exactes produites. D'après ces derniers, les quantités enregistrées auprès des services des eaux et forêts ne représentent que 30 % du potentiel réellement disponible.

De plus, dans le processus d'exploitation de cette richesse du terroir, la préservation de la nature reste une préoccupation d'ordre majeur. À cet effet, les différentes parties prenantes mettent sur pied de nombreuses astuces. « Il y a eu beaucoup de travail de sensibilisation, au niveau des zones. Aussi, des campagnes de reboisement ont été organisées. Mais on avoue que notre plus grand ennemi, c'est le feu de brousse et le phénomène de déforestation », confie Mariama Diémé.

L'ouverture sur l'ensemble du pays, principalement sur la capitale Dakar, et sur le monde, apportant son lot d'exigences, le packaging et l'étiquetage se présentent désormais comme de nouveaux défis à relever par les acteurs de la filière. « Quand on va vers l'export, ça exige d'autres formes d'emballage qui ne sont pas des verres et donc il doit être adapté au marché de destination. Et sur ce volet-là, il y'a aussi du travail à faire », reconnaît-elle. « Il faut qu'on travaille sur comment positionner ce produit de façon très professionnelle maintenant dans tous les supermarchés, les hôtels, les restaurants, les cafés, etc. », renchérit Fatou Sagna Sow.

Une reconnaissance internationale

Malgré ces défis, le Madd de Casamance poursuit son expansion. Quelques pays sont cités comme principales destinations dans son exportation depuis le Sénégal. Le Canada, la France et la Suisse, nous confie Mariama. Sur le marché, L'on retrouve de nombreux dérivés de ce fruit, notamment le jus, le nectar, le sirop, et les conserves, qui demeurent la forme la plus commercialisée, d'après les acteurs, notamment sa déclinaison sucrée-salée-pimentée.