Pourquoi le café est-il si stimulant pour certaines personnes et a-t-il peu d'effet sur d'autres ?

    • Author, Jim Reed
    • Role, BBC News
  • Published
  • Temps de lecture: 6 min

"Le café ne me fait pas grand-chose", confie Emily, 20 ans, en sortant d'un café du centre de Londres à 18 h.

"En général, je bois deux tasses par jour, et peut-être une boisson énergisante. Et puis, je peux boire du cola toute la nuit sans problème."

On a tous une amie comme Emily. Celle qui peut prendre un double expresso, voire une boisson énergisante, le soir et s'endormir une heure plus tard sans souci.

Pourtant, chez beaucoup de gens, les effets de la caféine peuvent durer bien plus longtemps.

Pourquoi certaines personnes boivent-elles du café avant de se coucher et dorment-elles comme des souches, tandis que d'autres passent la nuit à fixer le plafond ?

Qu'est-ce que la caféine exactement ?

La caféine est de loin la substance psychoactive la plus consommée au monde.

Plus de deux milliards de tasses de café sont consommées chaque jour, sans compter les colas, les boissons énergisantes, certains chocolats, les chewing-gums et les compléments alimentaires pour sportifs qui contiennent également cette substance.

Elle peut nous rendre plus alertes, améliorer notre concentration et combattre la fatigue. Cependant, une consommation excessive peut provoquer des maux de tête, de la nervosité, des palpitations et des insomnies.

Les experts expliquent que la caféine n'apporte pas d'énergie supplémentaire à l'organisme, mais qu'elle contribue plutôt à masquer la sensation de fatigue. Elle agit en bloquant l'action de l'adénosine, une substance chimique qui s'accumule dans le cerveau tout au long de la journée et qui nous rend somnolents.

Pourquoi cela affecte-t-il chaque personne différemment ?

Un facteur clé est la durée de présence de la caféine dans l'organisme.

Après avoir bu une tasse de café, celle-ci est absorbée par le sang et atteint rapidement le cerveau.

Simultanément, elle est décomposée, ou métabolisée, par une enzyme du foie, puis éliminée par l'urine.

Ce processus d'élimination peut durer de six à vingt heures, selon les individus, explique le Dr Marilyn Cornelis, professeure agrégée de nutrition à l'Université Northwestern de Chicago.

"Il est possible de boire une première tasse de café sans ressentir aucun effet", remarque-t-elle.

"Mais deux ou trois heures plus tard, la caféine est toujours présente dans l'organisme, et une deuxième tasse pourrait suffire à provoquer un léger sentiment d'anxiété", ajoute le Dr Cornelis.

Pourquoi la caféine stimule-t-elle certaines personnes plus que d'autres ?

La vitesse à laquelle le foie métabolise la caféine dépend d'un seul gène, le CYP1A2.

Il est intéressant de noter que cette vitesse pourrait également être influencée, au moins en partie, par l'ascendance génétique.

Une étude publiée cette année a révélé que les Européens et les Sud-Américains ont tendance, en moyenne, à métaboliser la caféine plus rapidement.

Quels sont les autres facteurs en jeu ?

L'ADN est loin de raconter toute l'histoire. Fumer, même s'il ne s'agit probablement pas de vapotage, semble stimuler le foie à décomposer la caféine beaucoup plus rapidement, accélérant ainsi le processus jusqu'à 65 %.

Cela pourrait aider à expliquer pourquoi les fumeurs ont tendance à consommer plus de café et pourquoi ceux qui arrêtent de fumer découvrent soudainement que leur tasse habituelle les affecte beaucoup plus qu'avant.

Certains antibiotiques, pilules contraceptives et autres médicaments sur ordonnance peuvent avoir l'effet inverse, permettant à la caféine de rester plus longtemps dans le corps et prolongeant ses effets.

La même chose se produit pendant la grossesse, lorsque les changements hormonaux réduisent l'activité de l'enzyme hépatique responsable de la dégradation de la caféine.

Reste ensuite la question de la tolérance.

Les buveurs réguliers de café deviennent moins sensibles à la caféine à mesure que le corps s'adapte à la présence de cette substance.

Si vous arrêtez ensuite de boire du café pendant quelques semaines, ces adaptations cérébrales commencent à s'inverser, ce qui signifie que la première tasse après la pause peut provoquer une sensation de stimulation ou de nervosité inhabituellement intense.

Que recommandent les experts ?

Les chercheurs spécialisés dans le sommeil recommandent souvent d'éviter la caféine au moins six heures avant le coucher.

Dr Lindsay Browning, psychologue et spécialiste du sommeil, explique que des études suggèrent que la caféine peut non seulement rendre l'endormissement plus difficile, mais aussi nuire à la qualité du sommeil.

"Je conseille souvent d'éviter la caféine après 14 h environ si l'on prévoit de se coucher vers 22 h", explique-t-elle.

"Cependant, une règle stricte et uniforme n'est pas pertinente, car elle ne tient pas compte de la complexité et des différences individuelles liées au sommeil."

Le Service national de santé britannique (NHS) recommande aux femmes enceintes de limiter leur consommation de caféine à moins de 200 mg par jour, soit l'équivalent d'environ deux grandes tasses de café filtre. En effet, plusieurs études ont établi un lien entre des quantités plus élevées et un faible poids à la naissance, ainsi que d'autres complications.

Pour les autres adultes, le principal message est la modération, car la sensibilité à la caféine varie énormément d'une personne à l'autre.

"La caféine est relativement sûre", affirme Peter Rogers, professeur émérite de nutrition à l'Université de Bristol.

Si vous en consommez de grandes quantités, vous commencez simplement à vous sentir nerveux et mal à l'aise, et vous finissez par comprendre qu'il faut arrêter, car cela ne sert à rien d'en prendre davantage.

Les surdoses de caféine sont très rares, et les cas graves d'intoxication impliquent presque toujours des produits très concentrés en caféine, où plusieurs grammes peuvent être ingérés en quelques minutes.

Pour les amateurs de café, la bonne nouvelle est que cette habitude matinale régulière (bien que de plus en plus coûteuse) semble être associée à une meilleure santé. Bien que les chercheurs ne puissent pas prouver que le café en soit la seule cause, des décennies d'études suggèrent que les personnes qui en consomment avec modération ont tendance à présenter un risque moindre de développer plusieurs maladies graves et pourraient même vivre légèrement plus longtemps que celles qui n'en boivent pas.