Le Burkina Faso est « un petit pays », « pauvre » et « enclavé » : ces expressions que vous ne trouverez plus dans les manuels scolaires burkinabè.

Le Premier ministre Jean Emmanuel Ouédraogo et le Président Ibrahim Traoré tiennent un livre
Légende image, Le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo et le Président Ibrahim Traoré tiennent un livre lors d'une exposition gouvernementale début octobre 2026
    • Author, Ibrahim Zongo
    • Role, Journaliste, BBC Afrque
    • Reporting from, Dakar
  • Published
  • Temps de lecture: 5 min

Depuis la rentrée scolaire le 1er octobre 2026, les autorités burkinabè ont amorcé un processus de « décolonisation » de l'histoire enseignée dans son système éducatif.

Au Burkina Faso, la lutte contre l'impérialisme prônée par les autorités depuis la proclamation, en avril 2025, de la Révolution progressiste populaire, par le Capitaine Ibrahim Traoré, passe aussi par une révolution mémorielle, foi des autorités.

Dans une déclaration le 7 septembre 2026, le ministre de l'Enseignement secondaire et de la formation professionnelle et technique, Pr Moumouni Zoungrana a indiqué qu'il y avait dans les cours d'histoire et de géographie « des expressions qui ne nous honorent pas ».

« Ce qui veut dire que dans nos manuels aussi, il y a des contrevérités qui sont consignées pour nous infantiliser, pour nous diminuer, pour nous abêtir. Et nous avons passé notre temps à faire la promotion de ces antivaleurs que nous avons transmises de génération en génération », avait-il commenté avant d'inviter le monde éducatif burkinabè à avoir « le courage de casser totalement la table et de la reverser ».

Le professeur Zoungrana a alors annoncé une révision des curricula notamment les cours d'Histoire, de Géographie et d'Education civique, afin dit-il, d'extirper les expressions « incohérentes ».

Ces trois matières sont considérées comme les plus urgentes alors que le pays préparait une refondation générale de l'école burkinabè baptisée « Pacte Neekre » (réveil en français) lancé le 17 octobre dernier.

En attendant la réécriture complète de ces manuels d'histoire, géographie et d'éducation civique, une note contenant quelques changements immédiats a été disséminée aux enseignants.

Ces changements vont du remplacement de certaines expressions, à l'introduction de nouveaux chapitres en passant par le bannissement de certaines expressions et chapitres

Voici quelques expressions et cours qui ont changé au Burkina Faso depuis le 1er octobre dernier :

Le Pr Moumouni Zoungrana assis sur une chaise et tient un micro
Légende image, Le Pr Moumouni Zoungrana a déclaré qu'il y a des contreveritées qui sont consignées dans les manuels scolaires burkinabè.

1. Les expressions qui changent

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En Histoire vingt-sept mots et expressions disparaissent du vocabulaire des enseignants et élèves.

Les envahisseurs et les espions : Parmi les concepts remplacés, la colonisation devient l'invasion impérialiste, le colon ou le colonisateur est appelé envahisseur et les explorateurs deviennent des espions puis les colonies, territoires envahis.

L'invasion impérialiste française du Burkina Faso est désormais l'expression utilisée pour qualifier la Colonisation française du Burkina Faso de

La libération de l'Afrique : La décolonisation et les indépendances sont désormais rappelée Libération de l'Afrique. De même, on distingue deux époques : pré-invasion et post-invasion pour designer respectivement les ères précoloniale et postcoloniale.

La guerre de ré-invasion : Désormais le terrorisme des qualifié de guerre de ré-invasion. L'appellation tirailleurs sénégalais fait place à combattants africains de la guerre et anciens combattants devient vétérans africains de la guerre.

Des leçons en histoire comme la traite orientale et la traite négrière changent d'appellation pour devenir les déportations orientale et transatlantique des Africains.

En géographie, une dizaine de concepts jugés « déshonorants » disparaissent également.

Le Burkina Faso présenté comme pays enclavé est désigné par l'appellation pays continental, le terme ethnies est remplacé par Groupe socioculturel tandis que les faiblesses et limites du pays sont désormais présentées comme des défis et opportunités.

La notion de développement est tropicalisée et devient notion de développement endogène.

Le cours d'Education civique et morale (ECM) lui change carrément d'appellation devenant Education à la Citoyenneté et au Patriotisme (ECP).

Trois élèves regardent dans un livre
Légende image, Des élèves du complexe scolaire Faso Kéoogo de Bonheur-Ville à Ouagadougou lors de l'ouverture officielle de leur école le 12 octobre dernier

2. Les expressions et leçons qui disparaissent

Plusieurs expressions particulièrement descriptives et notamment en Géographie, sont désormais bannies du lexique scolaire. Les qualificatifs pays pauvre, pays endetté, petit pays, climat défavorable, etc. sont interdits.

Il est également interdit de quantifier les groupes socioculturels en pourcentage des ethnies ou en pourcentage des religions.

Certaines leçons dispensées en géographie notamment en classe de 4e disparaissent. On note la suppression de la leçon sur "le commerce triangulaire".

Le chapitre également consacré à l'étude « de la géographie physique de l'Europe a été purement et simplement supprimé », confie un enseignant joint par BBC Afrique.

« L'accent est plutôt mis sur les conditions naturelles et développement de l'Afrique », explique-t-il.

3. Les nouveaux chapitres

Dans le même temps, de nouvelles leçons d'Histoire et Géographie sont introduites aussi bien au post-primaire qu'au secondaire.

En 6e, une nouvelle leçon intitulée la notion de révolution voit le jour. Un thème sur lequel les autorités mise pour impulser un changement majeur. S'adressant à des jeunes burkinabè à l'occasion de la Journée internationale de la jeunesse en août dernier, le ministre Moumouni Zoungrana a déclaré que « la révolution a été la seule option possible pour créer une rupture, (…) pour assurer la souveraineté totale, économique, financière mais aussi politique » du Burkina Faso.

Deux nouvelles leçons font leur apparition dans les cours d'histoire de la classe de 5e. Il s'agit des titres les savoirs et les savoir- faire africains et les révolutions burkinabè. Ce dernier revient sur les idéaux de la Révolution démocratique et populaire ( RDP) du Capitaine Thomas Sankara qui a dirigé le pays entre 1983 et 1987 et la révolution progressiste populaire (RPP) du Capitaine Ibrahim Traoré en cours depuis fin 2022.

Chez leurs ainés de la classe de 4e on note l'introduction d'une nouvelle leçon intitulée la révolution haïtienne. Elle revient sur les mouvements de lutte pour la libération des peuples haïtiens, leurs succès et leurs erreurs. Dans son dernier entretien avec la presse, diffusé fin septembre le président burkinabè Ibrahim Traoré appelait d'ailleurs ses compatriotes à « lire l'histoire de Haïti et comprendre qu'il ne faut pas s'amuser avec ces gens-là », faisant références aux anciennes puissances colonisatrices.