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L'insécurité et le blocus des groupes armés pèsent sur les prix des moutons et des denrées au Mali
- Author, Abdoul Karim
- Role, BBC News Afrique
- Published
- Temps de lecture: 6 min
Bamako, la capitale malienne vit un contraste énorme cette année par rapport aux dernières années à quelques jours seulement de la Tabaski, la fête musulmane de l'Aïd al Adha.
En effet, les différentes rues de la capitale malienne, d'habitude inondées de moutons à pareil moment, sont relativement clairsemées cette année.
Pendant ce temps, les prix des moutons et de certains produits alimentaires ne cessent de s'envoler, au grand dam des consommateurs.
Une atmosphère morose règne à Bamako à seulement quelques jours de la Tabaski, la fête musulmane de l'Aïd al Adha au cours de laquelle, les musulmans sont appelés à sacrifier un mouton, en commémoration de la soumission et de la foi du prophète Ibrahim (Abraham).
Non seulement les moutons se font rares, mais les prix de ces derniers et de certaines denrées alimentaires connaissent une forte inflation.
Selon plusieurs témoignages, les difficultés d'approvisionnement de la ville et de l'insécurité nées des récentes attaques qui ont visé Bamako et plusieurs villes du pays, seraient à l'origine de cette situation.
Des prix qui s'emballent, une morosité qui s'installe
Dans les différents marchés de la capitale malienne, les prix des moutons et de certains produits alimentaires ne cessent de s'envoler.
Sur les quelques rares points de vente de moutons visibles à Bamako, les prix varient entre 170 000, 300 000, voire 400 000 FCFA le mouton, selon plusieurs vendeurs, augmentant le stress des chefs de ménage à la recherche d'un animal à sacrifier.
De nombreux chefs de famille témoignent de la cherté des moutons. Certains envisagent même une solution alternative en s'associant avec d'autres pour acheter un taureau s'ils n'arrivent pas à trouver un mouton.
''Le mouton est cher, c'est très cher, mais le problème est qu'on ne le voit même pas'', déplore un homme interrogé par la BBC.
En dehors des moutons, une envolée des prix est également constatée touchant certains produits alimentaires comme l'oignon, la viande, le poisson, l'huile etc.
''L'oignon est passé de 350 à 500 francs le kg, de même pour la pomme de terre'' déclare un acheteur .
''On achetait les cartons du poisson tilapia à 13 000 Fcfa. Mais aujourd'hui, c'est 20 000 ou 19 000 francs Fcfa'', explique un autre consommateur qui renseigne que ''le poisson gari est passé de 13 000 à 15 000 francs'', poursuit-il avant d'ajouter que ''la viande, l'huile, tout est devenu cher au marché''.
Blocus des groupes armés et insécurité jugés responsables
Interrogé à Bamako, un vendeur de bétail impute ces difficultés à trouver un mouton à la perturbation des circuits d'approvisionnement des différents points de vente de la capitale.
''Beaucoup de gens sont bloqués sur les routes en raison des contrôles. Les gens ont peur parce qu'ils font descendre les animaux. Faire venir des moutons des villages jusqu'à Bamako est devenu très difficile et le transport est également compliqué'' dit-il.
''Les clients viennent nombreux, mais les moutons se font rares'', ajoute-t-il précisant que ''l'éloignement des marchés à bétail, installés désormais à une soixantaine de kilomètres de Bamako, complique la situation''.
Les difficultés logistiques liées à l'insécurité née des récentes attaques à Bamako et dans d'autres villes, ainsi que le blocus instauré par les groupes armés sur certains axes routiers qui desservent la capitale malienne, seraient la principale explication.
Depuis ces attaques, la situation sécuritaire reste tendue.
Selon plusieurs sources, une dizaine de véhicules de transport dont des camions ont été attaqués et incendiés le mardi 19 mai à Siby, une localité située à environ 45 Km de Bamako par des hommes armés.
La réponse du gouvernement
Le gouvernement malien se veut rassurant. Des mesures sont prises pour approvisionner correctement le marché en bétail à des prix accessibles.
Le gouvernement a ainsi reconduit l'opération de vente promotionnelle de moutons pour la Tabaski, avec des tarifs réglementés pour préserver le pouvoir d'achat des ménages face à la flambée des prix sur les marchés classiques. Une telle mesure avait déjà été appliquée ces dernières années.
Les prix des moutons subventionnés varient de 75 000 à 175 000 FCFA.
Par ailleurs, l'armée malienne mène régulièrement des frappes aériennes pour briser le blocus imposé par les groupes armés sur certains axes routiers qui desservent Bamako.
Les militaires organisent aussi des patrouilles quotidiennes et escortent des convois de camions remplis de moutons en vue d'approvisionner la capitale malienne.
Ces opérations commencent à améliorer la situation dans certains quartiers de la ville.
Des usagers craignent les déplacements inter urbains
Dans plusieurs gares routières de Bamako qui desservent les régions de l'intérieur, ce n'est pas la grande affluence.
Les compagnies de transport qui se frottaient d'habitude les mains en cette période font grise mine.
Beaucoup de gens renoncent au voyage à cause de l'insécurité. Le blocus instauré sur certains axes routiers fait peur.
Certains à l'image d'un homme d'une quarantaine d'années rencontré dans une gare routière ne veulent pas prendre de risque.
Contrairement aux autres années, il a décidé cette année de ne pas se rendre au village pour la fête.'' Je vais faire le nécessaire. Tout ce qu'on peut envoyer au village par Orange Money, on va le faire. Voilà donc le reste quand même nous, on va rester ici fêter ici'' a-t-il déclaré.
''C'est une année exceptionnelle. Vu l'insécurité qui prévaut, franchement parler cette année, moi je ne peux pas aller au village''.
''Prendre sa famille ici pour aller fêter cette année, c'est mettre en péril la vie des siens et de celle de sa famille. Donc pour cette question de sécurité. Donc j'ai décidé de rester ici.
Du côté du gouvernement, on se veut rassurant. Des opérations visant à briser le blocus sont menées par l'armée qui organise également des patrouilles.
Les 25 et 26 avril derniers des groupes armés ont mené des attaques coordonnées à Bamako et dans plusieurs villes de l'intérieur, causant plusieurs dizaines de morts dont l'ancien ministre de la Défense de la junte Sadio Camara.
Après ces événements sanglants les groupes armés ont décrété un blocus autour de certains axes prioritaires qui desservent Bamako compromettant les circuits d'approvisionnement de la capitale malienne et entraînant des hausses de prix de plusieurs produits de consommation.